REGISTRE DE LANGAGE PAUVRE

L'écriture d'un roman se caractérise notamment par son registre de langage. Celui-ci peut apparaître plus ou moins relâché, plus ou moins familier, trivial, populaire, vulgaire ou peut présenter au contraire des locutions plus ou moins recherchées. Cette caractéristique sera établie sur la seule partie narrative en excluant les dialogues, lesquels reflètent les personnages qu'ils représentent. Naturellement, chaque paramètre reflète un degré déterminé à l'intérieur d'une étendue de registres de langage très large.

Il est difficile de comptabiliser les occurrences de tous les termes spécifiques d'un registre de langage (par exemple les expressions populaires), les données ont donc essentiellement une valeur comparative entre les différents ouvrages.

EXPRESSIONS POPULAIRES

L'utilisation des expressions populaires (par exemple couper les cheveux en quatre ou avoir toute sa tête représente assurément une caractéristique peu littéraire, souvent perceptible dans les ouvrages du vingtième siècle. Il se peut cependant que ce type de vocabulaire soit exploité comme tel afin de créer des effets spécifiques. Également, il est nécessaire de signaler la gradation qui existe concernant le degré plus ou moins trivial ou vulgaire de ces expressions.

Nombre d'expressions populaires par page (POP):

AUTEURTITREPOP
DumasVingt ans après0.00
MériméeColomba0.00
AudouxMarie-Claire0.00
MalotSans famille0.00
SandLa Mare au Diable0.00
HugoNotre-Dame de Paris0.01
FlaubertMadame Bovary0.01
Alain-FournierLe Grand Meaulnes0.01
BalzacEugénie Grandet0.01
RadiguetLe Diable au corps0.01
VerneVingt mille lieues sous les mers0.02
ZolaL'Assomoir0.03
VoutchoEnfer d'un Paradis0.03
MourgueDynamique de groupe0.05
JubertQuelques parts de ténèbres0.07
OllivierDominique nique nique0.11


TERMES ARGOTIQUES

Comme en ce qui concerne les expressions populaires, l'emploi du langage argotique s'est essentiellement développé au cours du 20e siècle, par suite sans doute de la démocratisation de la lecture, mais également par une évolution propre à l'art littéraire. Les termes argotiques sont susceptibles d'engendrer des effets spécifiques. Tout dépend de l'utilisation qui en est réalisée par l'auteur ainsi que le choix opéré parmi ces termes de connotations et d'affect très divers.

Nombre de termes argotiques par page (ARG):

AUTEURTITREARG
SandLa Mare au Diable0.00
MériméeColomba0.00
AudouxMarie-Claire0.00
RadiguetLe Diable au corps0.00
DumasVingt ans après0.00
BalzacEugénie Grandet0.00
FlaubertMadame Bovary0.01
MalotSans famille0.01
Alain-FournierLe Grand Meaulnes0.01
VerneVingt mille lieues sous les mers0.01
VoutchoEnfer d'un Paradis0.05
JubertQuelques parts de ténèbres0.05
HugoNotre-Dame de Paris0.06
MourgueDynamique de groupe0.10
OllivierDominique nique nique0.20
ZolaL'Assomoir0.44


OBSCÉNITÉS

La présence d'obscénités traduit généralement une dévaluation du texte littéraire au degré le plus bas. Cependant, en raison de leurs multiples nuances et subtilités, ces termes peuvent parfois être utilisés comme d'authentiques termes littéraires. La puissance de l'obscénité en elle-même, la fascination qu'elle exerce, sa signification psychologique ou psychanalytique profonde ont concouru à cet emploi. Les obscénités concernent uniquement deux champs sémantiques: le sexe et la scatologie (en aucun cas la violence elle-même). Ces termes sont peu nombreux, souvent des monosyllabes (ce qui accentue la puissance de leur effet). L'évolution de leurs dérivés, de certains de leurs synonymes ou même de la racine, selon le cas, émousse considérablement leur caractère obscène. Si merde (désignant la matière fécale) reste profondément obscène, le juron correspondant a largement perdu de sa force, et encore plus ses dérivés emmerder, emmerdes et plus encore s'emmerder au sens de s'ennuyer. Dans le domaine sexuel, beaucoup plus obscène que le domaine scatologique en raison du tabou, les termes bite, pine, zob sont d'une crudité puissante, en revanche leurs synonymes à tendance infantile comme zézette, zizi... ont largement perdu leur caractère de crudité au point qu'ils ne constituent plus une obscénité. L'obscénité la plus littéraire, la plus polysémique, la plus subtile est certainement représentée par le mot cul, réunissant d'une manière ambiguë la scatologie et la sexualité, ce qui contraste avec les dérivés de son champ lexical, totalement admis dans le langage courtois, tels cul-de-jatte, cul-de-sac, culotte ou plus simplement la lettre de l'alphabet correspondante.

Nombre d'obscénités par page (OBS):

AUTEURTITREOBS
MalotSans famille0.00
HugoNotre-Dame de Paris0.00
VerneVingt mille lieues sous les mers0.00
FlaubertMadame Bovary0.00
DumasVingt ans après0.00
Alain-FournierLe Grand Meaulnes0.00
BalzacEugénie Grandet0.00
SandLa Mare au Diable0.00
RadiguetLe Diable au corps0.00
AudouxMarie-Claire0.00
MériméeColomba0.00
ZolaL'Assomoir0.01
VoutchoEnfer d'un Paradis0.01
JubertQuelques parts de ténèbres0.02
MourgueDynamique de groupe0.04
OllivierDominique nique nique0.04


LOCUTIONS INÉLÉGANTES OU PEU LITTÉRAIRES

Les locutions que nous nommons ici inélégantes ou peu littéraires sont très diverses et très courantes, par exemple à vrai dire, à peine, de toute façon.... Il s'agit d'idiomatismes propres à la langue dont le sens ne correspond pas toujours à celui des termes qui les composent, mais qui correspondent souvent à un sens convenu. Ces locutions snt responsables, nous semble-t-il, d'une dépréciation du langage d'autant plus sensible qu'elles sont nombreuses et admises, qu'elles passent inaperçues, aussi bien pour le lecteur que pour l'auteur. Leur présence cependant altère la pureté de la langue. Elles peuvent même constituer un second langage qui se substitue aux termes primaires. Sans être véritablement vulgaires, elles n'en traduisent pas moins une facilité d'écriture peu compatible avec un langage de bonne tenue littéraire. Si de nombreuses locutions de ce type peuvent être remplacées par un terme plus seyant et plus riche (ce qui justifie la désapprobation que l'on peut nourrir à leur égard), il faut néanmoins remarquer que certaines de ces locutions ou termes, n'ont pas toujours de synonyme plus élégant. Cette limitation du vocabulaire augente la difficulté d'éviter l'emploi de telles formules. C'est la cas par exemple de la locution d'ailleurs ou encore du terme derrière (par opposition à devant, mot dont l'inélégance provient de son ambiguïté sémantique (avec le mot croupe ou arrière-train) et la présence inopportune des consonnes r. Il ne semble pas que les auteurs les plus soucieux consciemment de style se soient préoccupés de l'impact négatif de ces locutions. L'observation d'une occurrence faible de ces termes dans certains romans provient plus probablement d'une tendance inconsciente qui traduirait l'élégance propre d'un auteur à s'exprimer naturellemnet dans un registre de langue plus pur.

Nombre de locutions inélégantes ou peu littéraires par page (INE):

AUTEURTITREINE
VerneVingt mille lieues sous les mers1.14
BalzacEugénie Grandet1.64
VoutchoEnfer d'un Paradis2.05
JubertQuelques parts de ténèbres2.10
MourgueDynamique de groupe2.37
RadiguetLe Diable au corps2.39
Alain-FournierLe Grand Meaulnes2.53
HugoNotre-Dame de Paris2.66
FlaubertMadame Bovary2.96
MériméeColomba3.01
MalotSans famille3.06
AudouxMarie-Claire3.08
DumasVingt ans après3.13
SandLa Mare au Diable3.52
OllivierDominique nique nique4.00
ZolaL'Assomoir4.54


ANGLICISMES

Si les anglicismes apparaissent, comme l'on pouvait s'y attendre, dans les romans du 20e siècles, ceux du 19e n'en sont pas pour autant dépourvus. Seule une étude cas par cas de ces termes permettraient d'établir des différences significatives. Sur les quelques exemples de romans du 20e siècle que nous avons testés, il semblerait que les auteurs ont considérablement limité l'utilisation des anglicismes par rapport à leur emploi dans le langage courant ou celui des médias actuels.

Nombre d'anglicismes par page (ANG):

AUTEURTITREANG
RadiguetLe Diable au corps0.01
BalzacEugénie Grandet0.03
SandLa Mare au Diable0.03
AudouxMarie-Claire0.04
Alain-FournierLe Grand Meaulnes0.05
MalotSans famille0.05
FlaubertMadame Bovary0.10
ZolaL'Assomoir0.15
HugoNotre-Dame de Paris0.15
DumasVingt ans après0.18
MourgueDynamique de groupe0.20
JubertQuelques parts de ténèbres0.24
MériméeColomba0.26
VoutchoEnfer d'un Paradis0.30
OllivierDominique nique nique0.42
VerneVingt mille lieues sous les mers0.61


VOCABULAIRE PAUVRE

Beau, grand, petit, gros, fort, mal, bien, chose, voir, donner... sont des termes (généralement des monosyllabes) traduisant la pauvreté du vocabulaire employé par l'auteur. Par exemple, le terme voir peut être profitablement remplacé, selon la situation, par apercevoir, examiner, découvrir, regarder, constater, considérer... , ce qui précise le sens en introduisant des nuances. Enrichir un texte est extrêmemnt facile à l'aide du moindre dictionnaire des synonymes, sans pour cela introduire des termes recherchés. On peut donc se demander pourquoi certains auteurs se satisfont d'un vocabulaire très pauvre. La réponse à cette question est probablement l'absence d'intérêt qu'ils portent au style littéraire lui-même, orientant leur écriture uniquement vers le contenu sémantique général. Il faut également comprendre que l'auteur, impliqué passionnellement par le sens de son discours, perd sa capacité de distanciation par rapport à l'acte d'écrire, ce qui le prive de toute réflexion sur la forme. L'apport de précision, de détails se réalisant pour lui par le développement plutôt que par le choix d'un vocabulaire spécifique.

Nombre de termes pauvres par page (PAU):

AUTEURTITREPAU
VerneVingt mille lieues sous les mers1.85
JubertQuelques parts de ténèbres2.78
OllivierDominique nique nique3.51
VoutchoEnfer d'un Paradis3.54
MourgueDynamique de groupe3.60
BalzacEugénie Grandet3.97
RadiguetLe Diable au corps4.03
DumasVingt ans après4.20
SandLa Mare au Diable4.36
FlaubertMadame Bovary4.43
HugoNotre-Dame de Paris4.45
MériméeColomba4.51
MalotSans famille4.90
ZolaL'Assomoir5.05
Alain-FournierLe Grand Meaulnes5.34
AudouxMarie-Claire6.89


VERBES ÊTRE ET AVOIR

La présence fréquente des verbes être et avoir - lorsqu'ils ne sont pas auxiliaires d'un groupe verbal - peut représenter une caractéristique susceptible de signer la pauvreté du vocabulaire. Elle apparaît de manière encore plus marquée dans l'abus des expressions: il y a, c'est. Il convient cependant de nuancer cette correspondance. Les verbes être et avoir indiquent des états élémentaires, par opposition à des verbes dynamiques comme courir, sauter, prendre... et peuvent donc traduire dans un texte une certaine importance de l'élément descriptif ou du commentaire. L'économie de ces verbes implique souvent, plus que l'emploi d'un synonyme, une reformulation de la syntaxe et la transformation d'un attribut en épithète, par exemple: c'était un homme disert qui parlait d'une voix nasillante peut devenir simplement cet homme disert parlait d'une voix nasillante, formulation certainement meilleure. L'évitement des verbes être et avoir peut aussi impliquer un développement: c'était un homme bon peut devenir: cet homme manifestait une grande bonté ou encore Cet homme était pétri de bonté. Il n'est pas toujours évident que ces reformulations signent un style d'une qualité supérieure, la proposition initiale possèdant au moins le mérite de la simplicité. On en concluera que seul un excès dans l'utilisation des verbes être et avoir peut signifier une carence du style littéraire.

Nombre de verbes être ou avoir par page (ETAV):

AUTEURTITREETAV
VoutchoEnfer d'un Paradis0.40
VerneVingt mille lieues sous les mers0.48
RadiguetLe Diable au corps0.54
JubertQuelques parts de ténèbres0.55
BalzacEugénie Grandet0.67
DumasVingt ans après0.84
OllivierDominique nique nique0.89
MériméeColomba0.92
FlaubertMadame Bovary0.95
ZolaL'Assomoir0.99
Alain-FournierLe Grand Meaulnes1.05
MalotSans famille1.05
AudouxMarie-Claire1.09
SandLa Mare au Diable1.29
MourgueDynamique de groupe1.31
HugoNotre-Dame de Paris1.44



SOMMAIRE DES TESTS PROPOSÉS