PARAMÈTRES STRUCTURAUX

Un roman comprend fondamentalement deux types de séquences: la narration proprement dite et les dialogues. Après avoir indiqué la part relative de ces deux types de séquences, nous considèrerons la structure du roman relative à la mise en page et à certains aspects de la syntaxe, uniquement en ce qui concerne la partie narrative. En effet, les séquences dialoguées ne sont généralement pas significatives du style propre à l'auteur, mais reflètent les personnages, selon les situations et leur psychologie. Les paramètres considérés ici sont relativement neutres et n'impliquent guère de signification sémantique.

ÉTENDUE DES DIALOGUES

Une grande importance des dialogues, notamment par rapport aux descriptions, est une marque du roman d'action ou du roman psychologique, à moins que ce dernier ne soit très intériorisé ou très intellectualisé. L'importance des dialogues signe souvent un registre peu littéraire à moins qu'il ne signifie une tendance à considérer le roman comme une pièce théâtrale plutôt qu'une narration.

Plusieurs types de présentation des dialogues a été considérée, néanmoins tous les cas ne sont pas prévisibles. Si le résultat obtenu apparaît aberrant pour un ouvrage testé, c'est que le type de ponctuation introduisant les dialogues n'a pu être détecté.

Étendue des dialogues en pourcentage du texte total (DIA):

AUTEURTITREDIA
AudouxMarie-Claire6.50
RadiguetLe Diable au corps6.71
ZolaL'Assomoir15.35
Alain-FournierLe Grand Meaulnes16.92
FlaubertMadame Bovary20.34
VoutchoEnfer d'un Paradis22.20
MourgueDynamique de groupe27.80
MalotSans famille28.08
VerneVingt mille lieues sous les mers29.39
HugoNotre-Dame de Paris30.21
JubertQuelques parts de ténèbres34.74
MériméeColomba45.69
SandLa Mare au Diable46.43
OllivierDominique nique nique49.25
BalzacEugénie Grandet49.88
DumasVingt ans après58.43


ÉTENDUE DES RÉPARTIES

La brièveté des réparties reflète plutôt une conversation sur des faits communs, réalistes, alors que des réparties plus longues signent plutôt un contenu plus littéraire ainsi qu'un rythme du discours romanesque plus lent et moins dynamique.

Étendue moyenne des réparties en nombre de lignes (REP):

AUTEURTITREREP
AudouxMarie-Claire1.08
RadiguetLe Diable au corps1.77
VoutchoEnfer d'un Paradis1.91
FlaubertMadame Bovary2.11
OllivierDominique nique nique2.15
DumasVingt ans après2.29
MalotSans famille2.32
Alain-FournierLe Grand Meaulnes2.33
JubertQuelques parts de ténèbres2.37
VerneVingt mille lieues sous les mers2.63
HugoNotre-Dame de Paris2.81
ZolaL'Assomoir2.90
MériméeColomba3.32
BalzacEugénie Grandet3.73
SandLa Mare au Diable4.50
MourgueDynamique de groupe6.90


ÉTENDUE DE LA PHRASE

L'étendue de la phrase est certainement la caractéristique la plus remarquable d'un texte narratif. Elle témoigne profondément de la structure mentale de l'auteur et de sa conception de l'écriture, mais elle dépend également pour un auteur du type de discours: dialogue, action, description, commentaires. Dans cette satatistique n'est considérée que le discours narratif hors dialogue, véritablement représentatif du style adopté par l'auteur. Les conséquences d'une rédaction en fonction de la longueur des phrases sont multiples. Le résultat esthétique, la compréhension, la communication sont aux antipodes. Les phrases courtes induisent la clarté, la simplicité, la limpidité, la réactivité, le rythme, l'immédiateté, l'évidence logique. Les phrases longues induisent l'élaboration, la virtuosité syntaxique, la souplesse, la richesse, la complication. Ces implications, les unes comme les autres, sont génératrices d'effets littéraires opposés. Si les phrases trop courtes peuvent entraîner une certaine sécheresse, l'écueil est souvent représenté par un abus de phrases longues susceptibles d'engendrer confusion, lourdeur, voire incorrections. Le résultat dépend naturellement dans ce dernier cas de la capacité dont fait preuve l'écrivain dans l'élaboration d'une syntaxe compliquée. Cet exercice délicat justifie souvent, même sans doute chez de nombreux auteurs célèbres, le choix de phrases plus courtes. L'alternance de phrases longues et courtes, certainement fondamental dans la qualité textuelle n'est pas objectivable ici à partir de nos statistiques.

Étendue des phrases en nombre de lignes standards pour quelques ouvrages significatifs (PHR):


AUTEURTITREPHR
OllivierDominique nique nique1.43
RadiguetLe Diable au corps1.73
JubertQuelques parts de ténèbres1.75
MourgueDynamique de groupe1.75
VerneVingt mille lieues sous les mers2.09
AudouxMarie-Claire2.10
Alain-FournierLe Grand Meaulnes2.23
ZolaL'Assomoir2.28
HugoNotre-Dame de Paris2.47
FlaubertMadame Bovary2.56
DumasVingt ans après2.60
MériméeColomba2.70
VoutchoEnfer d'un Paradis2.75
BalzacEugénie Grandet2.94
MalotSans famille3.18
SandLa Mare au Diable3.39


PROPOSITIONS INDÉPENDANTES INTRODUITES PAR DES POINTS-VIRGULES

Le nombre de propositions indépendantes par phrases introduites par des points-virgules est plutôt significative d'une habitude propre à l'auteur que d'une particularité syntaxique fondamentale, en considérant qu'à tout point-virgule pourrait être substitué sans modification majeure un point. Ce nombre semble surtout relatif à l'époque. À partir du 20ème siècle, les textes tendent à épurer leur ponctuation en supprimant les points_virgules. Une telle évolution nous semble raisonnable, elle élimine une complication syntaxique d'un intérêt peu évident et rend le texte visuellement plus lisible.

Nombre de propositions indépendantes introduites par des points_virgules par phrase pour quelques ouvrages significatifs (PRO):

AUTEURTITREPRO
JubertQuelques parts de ténèbres0.00
MourgueDynamique de groupe0.00
OllivierDominique nique nique0.01
VoutchoEnfer d'un Paradis0.02
VerneVingt mille lieues sous les mers0.03
RadiguetLe Diable au corps0.04
Alain-FournierLe Grand Meaulnes0.08
HugoNotre-Dame de Paris0.11
BalzacEugénie Grandet0.13
MériméeColomba0.17
AudouxMarie-Claire0.18
ZolaL'Assomoir0.18
SandLa Mare au Diable0.19
DumasVingt ans après0.19
FlaubertMadame Bovary0.28
MalotSans famille0.33


ÉTENDUE DES SYNTAGMES INDÉPENDANTS

L'étendue des syntagmes correspondant à des propositions indépendantes (séparés par des points-virgules ou un point) peut être significatif de l'abondance du nombre de propositions relatives (souvent introduites sans virgules) et constitue donc un paramètre important du degré de complication syntaxique réelle, plus sans doute que la longueur de la phrase elle-même, laquelle peut être constituée de propositions indépendantes. Néanmoins, la richesse en propositions relatives secondaires peut être masquée dans ce calcul par de nombreuses énumérations et appositions, par nature engendrant des syntagmes courts séparés par des virgules. À l'inverse, il existe certains cas où la virgule est utilisée pour séparer des propositions secondaires indépendantes.

Étendue en nombre de lignes standards des syntagmes séparés par un point-virgule ou un point pour quelques ouvrages significatifs (SYN):

AUTEURTITRESYN
OllivierDominique nique nique1.41
RadiguetLe Diable au corps1.67
JubertQuelques parts de ténèbres1.75
MourgueDynamique de groupe1.75
AudouxMarie-Claire1.79
ZolaL'Assomoir1.93
FlaubertMadame Bovary2.00
VerneVingt mille lieues sous les mers2.02
Alain-FournierLe Grand Meaulnes2.06
DumasVingt ans après2.18
HugoNotre-Dame de Paris2.23
MériméeColomba2.31
MalotSans famille2.39
BalzacEugénie Grandet2.61
VoutchoEnfer d'un Paradis2.70
SandLa Mare au Diable2.83


NOMBRE DE PROPOSITIONS DE NATURE
EXPLICATIVE, CAUSALE OU ÉNUMÉRATIVE
INTRODUITES PAR DEUX-POINTS

Ce paramètre ne constitue pas en lui-même une caractéristique fondamentale, mais peut servir de signature propre à un auteur. Certains auteurs peuvent recourir à la virgule simple au lieu des deux-points, soit pour une annonce explicative, causale ou une énumération. Si l'utilisation des points-virgule diminue à l'époque contemporaine, il semble que ce ne soit pas le cas des deux-points.

Nombre de propositions d'annonce explicative, causale ou énumérative introduite par deux-points par page (EXP):

AUTEURTITREEXP
VerneVingt mille lieues sous les mers0.07
MourgueDynamique de groupe0.16
HugoNotre-Dame de Paris0.25
ZolaL'Assomoir0.29
MériméeColomba0.30
FlaubertMadame Bovary0.33
SandLa Mare au Diable0.41
BalzacEugénie Grandet0.42
RadiguetLe Diable au corps0.43
Alain-FournierLe Grand Meaulnes0.44
DumasVingt ans après0.46
AudouxMarie-Claire0.54
VoutchoEnfer d'un Paradis0.55
JubertQuelques parts de ténèbres0.66
OllivierDominique nique nique0.67
MalotSans famille1.19


NOMBRE D'INTERCALATIONS: INCISES OU
PARENTHÈSES

L'utilisation des intercalations représente une tendance à la digression, un souci d'exhaustivité visant à ne pas omettre de détails. C'est une expansion qui apparaît alors que le projet de phrase est déjà élaboré mentalement. Les intercalations par tirets sont de nature plus littéraires que les intercalations par parenthèses.

Nombre total d'intercalations (INT), nombre d'incises (INC) et de parenthèses (PAR) pour quelques ouvrages significatifs par page:

AUTEURTITREINTPARINC
AudouxMarie-Claire0.00 0.000.00
ZolaL'Assomoir0.00 0.000.00
DumasVingt ans après0.01 0.010.00
MourgueDynamique de groupe0.04 0.000.04
BalzacEugénie Grandet0.04 0.040.00
MalotSans famille0.13 0.040.09
VoutchoEnfer d'un Paradis0.16 0.030.13
VerneVingt mille lieues sous les mers0.18 0.010.17
RadiguetLe Diable au corps0.22 0.180.04
MériméeColomba0.22 0.050.17
HugoNotre-Dame de Paris0.28 0.230.05
SandLa Mare au Diable0.29 0.290.00
FlaubertMadame Bovary0.31 0.240.07
Alain-FournierLe Grand Meaulnes0.36 0.010.35
JubertQuelques parts de ténèbres0.41 0.410.00
OllivierDominique nique nique0.68 0.290.39


ÉTENDUE DES PARAGRAPHES

L'étendue des paragraphes - individualisés selon les cas par des sauts ou retours de ligne - est un critère de mise en page déterminé par l'auteur. Il est significatif du degré de condensation ou d'aération souhaité par l'auteur, en fonction du contenu. C'est une caractéristique générale du style. Des paragraphes d'étendue limitée peuvent signifier une volonté de clarté, de simplification, d'ouverture, d'aération ou bien une recherche d'expression lapidaire. A contrario, un texte dont les paragraphes sont longs peut signifier une volonté de concentration du discours ou bien une propension à l'épanchement. D'autre part, l'établissement de paragraphes représente de la part de l'auteur l'individualisation d'entités narratives minimales dont la logique doit être perceptible - consciemment ou inttuitivement par le lecteur. Ellle correspond donc à une élaboration représentative d'une partie de la qualité littéraire d'un texte. Dans la plupart des cas, il serait réducteur de l'assimiler à une simple commodité facilitant la lecture. Dans la statistique ci-dessous n'ont pas été considérés les retours de ligne occasionnés par les dialogue ou leur introduction, de sorte que si les dialogues sont nombreux, le texte bénéficie en réalité de nombreux retours à la ligne.

Étendue des paragraphes en nombre de lignes standards pour quelques ouvrages significatifs (PAR):

AUTEURTITREPAR
DumasVingt ans après3.53
AudouxMarie-Claire3.68
OllivierDominique nique nique3.83
MalotSans famille4.35
VoutchoEnfer d'un Paradis4.36
JubertQuelques parts de ténèbres5.17
MériméeColomba5.18
HugoNotre-Dame de Paris5.29
VerneVingt mille lieues sous les mers5.56
MourgueDynamique de groupe6.14
FlaubertMadame Bovary6.20
Alain-FournierLe Grand Meaulnes6.28
RadiguetLe Diable au corps7.86
SandLa Mare au Diable9.86
BalzacEugénie Grandet12.07
ZolaL'Assomoir13.53



SOMMAIRE DES TESTS PROPOSÉS