CONCEPTION ET RÉALISATION
DE LIVRES NUMÉRIQUES


L’informatique a considérablement modifié la structure et l’utilisation des documents textuels. Nous allons considérer en premier lieu les fonctionnalités spécifiques du nouveau livre numérique avant d’en tirer les conséquences au niveau de la conception pour les auteurs désireux d’éditer eux-mêmes leur ouvrage sous cette forme.

FONCTIONNALITÉS GÉNÉRALES DES LIVRES ÉLECTRONIQUES

La fonctionnalité la plus élémentaire est le défilement du texte. À la rotation physique des pages se sont substitués 2 types d’avancement du texte. En premier lieu, le défilement saltatoire par séquences correspondant à ce qu’on peut nommer une plage - plutôt qu’une page. Le passage se réalise par le multi-touch (cas général des tablettes), un effleurement proche du geste consistant à tourner physiquement une page ou par appui sur un lien hypertexte (soit par le touch, soit par une souris ou un pad selon les appareils). La seconde méthode de défilement est représentée par une translation indéfinie verticale, soit par le multi-touch, soit par un ascenseur. Le principal avantage du défilement saltatoire est d’établir très exactement le suivi entre la dernière ligne lue en bas et la ligne suivante en haut (comme dans un livre papier). Le défilement indéfini vertical permet une vue synoptique centrée sur un paragraphe, ce qui peut notamment faciliter sa sélection ou sa compréhension.

L’accès aux différentes parties du texte peut être réalisée grâce à l’ascenseur, grâce aux liens hypertextes d’une table des matières ou encore grâce à une recherche de numéro de page dans le cas d’un format paginé. En outre, les liens hypertextes permettent un accès à des documents externes.

Signalons enfin qu’il existe une multitude d’autres fonctionnalités annexes afférentes aux livres électroniques: signet, sélection, prise de notes, recherche, zoom, modification des couleurs...

MISE EN ŒUVRE DES FONCTIONNALITÉS SELON LES FORMATS ET LES LOGICIELS DE LECTURE

Nous nous limiterons à considérer les formats open source gratuits, les seuls susceptibles de permettre un avenir ouvert et universel à la lecture de tous les ouvrages. Les 3 formats open source les plus usuels sont les suivants:

-html, (page web classique)
-pdf (format image)
-epub (format web enrichi)

Il est difficile de préciser sur le plan pratique les possibilités intrinsèques liées à chaque format dans la mesure où ces fonctionnalités dépendent largement des logiciels de lecture qui les mettent en œuvre. On peut aujourd’hui quasiment obtenir toutes les fonctionnalités souhaitées quel que soit le format initial grâce à des logiciels de lecture élaborés. Par exemple, il est parfaitement possible d’obtenir le défilement saltatoire de droite à gauche par touch ou multi-touch à partir d’un document initialement html en utilisant des lecteurs comme Moon-reader ou Epub for Androïd (sous Androïd Gingebread), ce que ne permet nullement le format html sous un navigateur classique. En revanche, avec Moon-reader (du moins dans la version gratuite), le pinch (pincement pour zoomer) n’est pas fonctionnel, et même - on ne sait trop pourquoi - le passage automatique en mode paysage. Par ailleurs, impossible de prévoir ce que sera l’évolution des navigateurs et autres logiciels de lecture, indépendamment des formats eux-mêmes qui peuvent aussi évoluer.

On conçoit que le lecteur (la personne qui lit) veuille éviter de s’embarrasser à installer des logiciels de lecture spécifiques sur ses différents appareils. Or, il existe un seul logiciel de lecture qui soit universellement préinstallé sur tous les appareils: le navigateur. On peut néanmoins compter sur la présence très probable d’un lecteur de pdf par défaut (mais, par exemple les tablettes Archos 110 n’en possèdent pas). Quant à la présence d’un logiciel de lecture epub, la liste des appareils compatibles est encore restreinte, mis à part les liseuses (et pas toutes). Celles-ci représentent un marché en pleine dépression au point qu’on ne sait si elles survivront longtemps. La liseuse, il est vrai, possède l’avantage de permettre la lecture en plein soleil. Elle est réputée moins fatigante pour la vue, mais cet avantage est-il aussi réel qu’on le prétend, par rapport à une tablette dont l’éclairage est correctement réglé? Quoi qu’il en soit, ces avantages risquent rapidement de devenir obsolètes par suite d’une amélioration des écrans de tablettes et smartphones. Et quoique le format epub réponde au nouveau standard html (HTML5), je ne pense pas, en ce début d’année 2013, qu’on verra avant longtemps des navigateurs capables de lire le format epub sur des smartphones et tablettes. Par ailleurs, les fonctionnalités supplémentaires qu’est susceptible d’apporter le format epub ne me paraissent pas indispensables. En conclusion, on peut retenir l’intérêt d’éditer actuellement en html ou pdf et laisser pour plus tard l’exploitation éventuelle du format epub.

LECTURE EN LIGNE ET TÉLÉCHARGEMENT

La solution idéale est de chercher l’ouvrage que l’on désire dans un moteur de recherche, de cliquer sur un lien et de le lire immédiatement. Une possibilité nécessitant d’être connecté en permanence, donc limitée généralement aux appareils se trouvant dans son domicile personnel. Le format répondant le mieux à ce critère d’accès immédiat quel que soit l’appareil est le fichier html. En revanche, il présente quelques désavantages lorsqu’il est lu par un navigateur. Tout d’abord, il ne permet pas le défilement séquentiel des pages par multitouch (ou par un lien) de droite à gauche (le défilement de haut en bas est en effet moins précis et moins pratique). Il ne permet pas non plus la conservation de signets. Signalons cependant qu’il existe un moyen très simple, souvent ignoré, sur un ordinateur de bureau pour retrouver le texte là où on l’a laissé, c’est de conserver ouvert l’onglet du navigateur correspondant et de bien paramétrer ce navigateur afin qu’il ouvre à toutes les sessions les onglets déjà ouverts. Le format pdf, quant à lui, peut dans certaines conditions être ouvert directement en un seul clic par les navigateurs les plus communs - et même il en est offert un substitut html - Pour cela, il faut l’ouvrir par lien directement à partir du résultat de recherche sur Google ou dans gmail (en aucun cas dans Bing ou Yahoo).

La connexion restant aléatoire en dehors de son domicile, il faut donc prévoir la solution inévitable de l’enregistrement préalable du livre numérique dans un espace disque et son ouverture grâce à un logiciel de lecture spécifique, s’il s’agit d’un pdf ou d’un epub, opérations qui introduisent une complication inévitable: savoir où est téléchargé le fichier, le retrouver, et surtout le lire obligatoirement sur l’appareil où on l’a téléchargé.

En conclusion, et malgré les inconvénients signalés, il nous semble que le format html soit le plus indiqué pour permettre la lecture du livre électronique. Conclusion logique dans la mesure où ce format est le format web natif des documents électroniques textuels. Et l’on peut concevoir à l’avenir une levée des limitations que nous avons citées. Le format pdf est un format dérivé de l’ancienne conception physique du livre, destinée initialement à l’impression, mais étendue pour la lecture sur écran. En tant que format image, il apparaît beaucoup moins paramétrable et modifiable que le format html et a priori ne permet pas les liens hypertextes. Il est également plus lourd (selon un rapport de 1 à 5 environ) que le format html ou epub.

PRODUCTION D’UN LIVRE NUMÉRIQUE PAR L’AUTEUR

Au terme de cette analyse, nous devons déterminer quelles sont les solutions informatiques à la portée de l’auteur permettant une meilleure diffusion dans le temps et l’espace de ses œuvres sous la forme numérique. Nous avons retenu les format html et pdf. Si l’auteur possède des compétences lui permettant d’avoir un site personnel (ou s’il l’entretient grâce à un prestateur de service) il pourra développer (ou faire développer) facilement son ouvrage en format html, directement publiable sur son site. Pour tous - la grande majorité - il sera facile d’obtenir l’ouvrage sous le format pdf, publiable sur internet, notamment sur Google Books. Considérons plus en détail ces possibilités.

Nous supposons que l’auteur part de son manuscrit sous la forme d’un fichier obtenu par un traitement de texte dans un format de norme ISO (odt ou docx). La production d’une mise en page élaborée requiert un logiciel spécifique de mise en page et surtout l’apprentissage de son maniement. Cette opération semble devenue inutile pour un ouvrage destiné uniquement à la production d’une version électronique, surtout si le contenu est purement du texte (cas de l’ouvrage de fiction ou de l’essai en général). La production d’un fichier pdf - qui reste proche d’un format papier - nécessite en principe certaines opérations comme le traitement des veuves et des orphelines, la détermination des pieds de page, la pagination, le crénage des caractères.. mais il faut avouer que ces subtilités qui ont occupé considérablement les typographes et imprimeurs sont souvent négligées dans la présentation d’un livre numérique. La relative indifférence du lecteur moderne à l’aspect graphique du texte - comme il en est sur un autre plan pour les formules de politesse dans les messages - a certainement contribué à la ruine de la mise en page dans le nouveau livre numérique.

Un document pdf de qualité convenable peut être obtenu à partir du traitement de texte par exportation ou en ligne sur des sites convertisseurs quasiment en un clic après une mise en page sommaire, requérant le minimum de compétence.

Un document html peut être en principe obtenu de même directement à partir d’un traitement de texte par exportation, mais il est possible qu’elle requiert l’installation de modules complémentaires. Elle produit un code inutilement compliqué, qui risque d’être hasardeux, et peut notamment comporter des anomalies d’affichage pour les caractères accentués. On pourra aussi essayer l’utilisation de différents CMS - logiciels destinés à produire des pages web sans programmation directe, mais c’est une complication qui n’est pas à la portée de tous les auteurs. Rien ne vaut un codage direct, pas d’une grande difficulté, mais cela ne correspond pas non plus à la compétence d’un auteur, sauf s’il y trouve un intérêt personnel.

La dernière étape dans la production du livre électronique est son édition proprement dite et sa diffusion. Ces opérations seront l’objet d’un autre article.


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