UNE ÉCRITURE PHONÉTIQUE DU FRANÇAIS LITTÉRAIRE


BUT ET PHILOSOPHIE DE L'ÉCRITURE EUPHONIQUE LITTÉRAIRE

Cet essai d'écriture phonétique se propose de réaliser une adéquation entre l'oralité et la scripturalité, spécifiquement pour les textes littéraires destinés à la déclamation. Il s'agit en quelque sorte d'une didascalie appliquée à l'ensemble du texte en le remplaçant. Voici les caractéristiques auxquelles elle prétend obéir:

-permettre de restituant une lecture correcte des textes, notamment par le respect des liaisons et e caducs.

-supprimer les ambiguïtés concernant les liaisons et e caducs

-établir la compatibilité avec l'informatique (absence d'accents) et concourir à l'universalité d'un même système de signes pour les caractères latins.

-permettre une modulation en fonction du registre de langage choisi par un auteur

-permettre un passage facile depuis l’orthographe traditionnelle existante.


PRINCIPE FONDAMENTAL

La seule contrainte non phonétique est le respect de l’individualité des mots. La critique selon laquelle une écriture phonétique introduit des ambiguïtés sémantiques ne peut être reçue par la raison suivante: le sens des mots dans un texte doit être perceptible par une lecture orale, donc aucune marque scripturale supplémentaire ne doit être nécessaire par rapport à l'indication de la phonétique. Cette remarque concerne particulièrement les textes littéraires, dont la vocation orale est historiquement manifeste. Si un texte n'apparaissait pas suffisamment clair en écriture phonétique, il devrait être modifié par l'auteur.

Par ailleurs, cette écriture orthographique ne modifie aucune règle grammaticale qui affecte la structure orale des mots. Elle n’introduit aucune forme orthographique nouvelle au niveau des phonèmes.

Exemple: on prononcera et on écrira phonétiquement ce qui correspond à: La chose que j'ai faite et non à La chose que j'ai fait ou encore Comment oublier les événements le t de liaison du mot comment ainsi que le s de liaison du mot les seront indiqués par définition dans l'écriture phonétique comme on le verra.


LES DIFFÉRENTS SONS

Les lettres inchangées (par exemple i ou m) ne sont pas indiquées ci-dessous.

consonnes
k: cri, que, chirale
f: filon, éléphant
g: gain
h: haricot (h aspiré) et pour séparer toutes les voyelles contiguës se prononçant séparément: pays ou maïs
j: jarre ou mange
s: cerne ou passage
z: frise
ch: chou
x: axe (x pas indispensable, mais il existe, autant l’utiliser)

voyelles
aa: pâtre (a long)
oo: môle (o long)
eu: peur (e ouvert)
e: table ou le, de ou heureux... (e fermé, dont le e caduc qui se prononce dans 45% des cas en prose littéraire et 100% des cas en poésie, sauf élision ou fin de vers)
ee: dé (é fermé)
ai: dais (è ouvert)
o: domino (o fermé)
au: aune (o ouvert)
ou: ou
oin: joindre
ui: ui
on: pont
an: chant, lent
in: pain, lapin
oa: pois
un: chacun
gn: magnolia
aiy: soleil
ay: chandail
euy: seuil

': l'apostrophe d'une élision est remplacée par un espace
- le tiret est supprimé généralement, sauf pour les noms composés

Les lettres qui disparaissent: q, w

Remarque sur les voyelles longues â, ô et consonnes géminées

Nous avons indiqué l'allongement des voyelles a et o, néanmoins, on peut observer que cet allongement ne détermine pas de syllabe supplémentaire en poésie, il doit donc être considéré comme minime. Dans le cadre de notre écriture orthographique modulaire, il pourra être facultatif selon le registre de langage que veut adopter l’auteur.

De même, il est possible de noter les consonnes géminées si l'on désire qu’elles soient prnoncées (ce peut être concevable en poésie).

Ex: immense s’écrira immans


RÈGLES GÉNÉRALES

Règle: les e caducs ne seront indiqués que lorsqu'ils sont prononcés. Ils ne seront pas indiqués en cas d'élision ou lorsque l'auteur du texte ne désire pas qu'ils soient prononcés. Ils ne seront pas indiqués avant un arrêt temporel car en ce cas ils ne sont que très faiblement prononcés (e asthénotonique).

Ex: L’ordre monacal (ordre s’écrira aurdre)

Ex: Maintenons l’ordre. C’est indispensable. (ordre s’écrira aurdr)

Les cas où le e caduc est presque toujours prononcé correspondent à la règle des 3 consonnes:

Ex: registre mondain e final de registre prononcé presqu'obligatoirement

Ex: régime draconien e final de régime peut être plus facilement apocopé.

La règle s’applique de même pour le e intralexicaux (ex: naturellement se prononce plutôt en 5 syllabes et autrement quasi-obligatoirement en 3 syllabes).

En second lieu, les successions de e caducs peuvent être avantageusement évitées (Ex: une toute petite chose se prononce plutôt une tout’ petit chos’ ou une tout' petite chos').

Remarque: cette règle incite à un plus grand respect des e caducs puisqu'on distingue scripturalement les cas où ils sont prononcés des cas où ils ne le sont pas. Elle concourt donc à éviter un des effets laxistes les plus répandus de la langue actuellement. Elle permet également d'introduire une modularité. En dernier, lieu, elle est absolument indispensable pour la poésie clasisque.

Règle: Les liaisons courantes seront indiquées par une lettre séparées entre les mots liés.

Remarque: L'individualisation des lettres de liaison les rend obligatoires à la lecture. Cette règle incite à une plus grande rigueur et à la levée des ambiguïtés ou laxismes qui existent actuellement concernant les liaisons. Elle améliore parfois la compréhension du texte en indiquant souvent le genre pluriel. Elle permet aussi une grande adaptabilité. Les liaisons incongrues pourront être évitées. Les liaisons pourront être indiquées en fonction du souhait de l'auteur et du registre de langue (par exemple pour les différent personnages d'un roman). Il y a donc un enrichissement des possibilités d'indication scripturales et affinement des nuances transmises par l'écriture.

Exemple: Poires et pommes ont-elles muries?

(il est incorrect de ne pas prononcer le s de liaison car c’est un pluriel)

Poare z ee paume z on t aile muri?

(on prononcera le z des liaison en lisant)


EXEMPLES DE MOTS

âme: aam
jugement: jujeman
maïeutique: mahietik
goujaterie: goujateri
cerise: seuriz
malheur: maleur
saucisson: sosison
pays: peehi
paie: paiie
sécurité: seekuritee
honoraire: onorair
honte: hont
honteux: honte
maillage: mahiaj
soleil: solaiy
camail: kamay
accueil: akeuy
les: lee
le: le
de: de
je: je
jeu: je
naturellement: naturailman ou naturailement (selon que l’on choisit de prononcer ou non le e caduc intralexical)
autrement: autreman (en raison du digramme tr, le e caduc se prononce presque toujours)
moignon: moagnon
oignon: oignon

Dans le dictionnaire, un mot doit être indiqué avec son éventuel e caduc, son éventuelle lettre de liaison au singulier et son éventuelle consonne géminée

Ex: pour le mot “moment”: moman (t)

Ex pour le mot “puis” pui (s)

ex pour immense: i(m)mans(e)


EXEMPLE DE PHRASES

Je souhaite écrire ainsi correctement en respectant l'oralité réelle de la langue.
Je souhait eekrir insi koraiktemen t en raispaiktan l oralitee reehaile de la lang.

Pourriez-vous, s'il vous plaît, prendre cette peine à mon égard
Pouriee vou, s il vou plai, prandre saite pai n a mon eegar

Les pommes ont mûri sous le soleil d'automne
Lee paume z on muri sou le solaiy d otaun

Nous sommes fourbues et énervées
Nou saume fourbu z ee t eenairvee

Cette toute petite chose me désole

Saite tout petit choze me deezol

Une éventualité
U n eeventualitee

Une réunion
Une reehunion

Il n'est point de serpent ni de monstre odieux,
Qui par l'art imité ne puisse plaire aux yeux,
(Boileau)


Il n ee poin de serpan ni de monstr odiheu,
ki par l art imitee ne puise plair o z ieu,

Ainsi, le lecteur évitera de déclamer erratiquement un vers boîteux. “odieux” doit être prononcé en diérèse et yeux en cynérèse.


EXEMPLE DE TEXTE

Demin, dai l aub, a l eur ou blanchi la canpagn,
je partirai. Voi tu, je sai ke tu m atan.
J irai par la forai, j irai par la montagn.
Je ne pui demeree loin de toi plu lontan.
Je marcherai lee z ie fixee sur mee pansee,
San riin voar o dehor, san z antandr okun brui,
Seul, inconu, le do courbee, lee min croisee,
Trist, ee le jour pour moa sera come la nui.
Je ne regarderai ni l aur du soar ki tonb,
Ni lee voale z o loin deesandan ver Arfleur,
Ee kan j ariverai, je meetrai sur ta tonb
Un boukee de hou vair ee de bruihiair an fleur.
(Victor Hugo)


SOMMAIRE