ÉLOQUENCE, DÉCLAMATION: CONSEILS PRATIQUES


L’éloquence, la déclamation sont des activités qui se développent aujorud'hui, en particulier dans le milieu universitaire. Cette conribution est celle d'un auteur-déclamateur qui essaie de communiquer son expérience acquise par la pratique.

La majorité des auteurs de littérature sont des romanciers, dont les écrits ne sont pas a priori destinés à la déclamation contrairement à la poésie, néanmoins ils pourraient s’intéresser à produire une version audio de leurs romans.


DE QUOI DÉPEND LA QUALITÉ D’UNE DÉCLAMATION LITTÉRAIRE?

L'on peut dégager les aspects suivants déterminant la qualité d'une déclamation.

-qualité littéraire du texte (plan sémantique, expressif...)
Le choix du récitant, s'il n'est pas l'auteur du texte, s'établira fondamentalement sur cet aspect.

-qualité du texte sur le plan euphonique
Le caractère euphonique du texte facilite l’élocution, évitant ainsi les erreurs et surtout permet d'emporter plus facilement l'adhésion de l'auditoire

-voix du déclamateur (voix plus ou moins agréable, portante, aiguë, grave, claire...)
Qualités sui generis dont on n’a pas fondamentalement la maîtrise, néanmoins on peut travailler sa voix, gérer sa respiration, modifier le timbre. Il existe des vidéos traitant cet aspect, des stages généralement conduits par des spécialistes du chant.

-maintien physique sur scène
Généralement des acteurs, comédiens peuvent vous conseiller sur ce point.

-intonation, expression en fonction des affects évoqués par le texte
Aspect traité dans la plupart des stages de déclamation, c’est le plus important.

-préconisations d'ordre linguistique et (gestion des e caducs, liaisons, aspirations, accents toniques, phrasé)
Généralement peu ou pas traité par les maîtres de stage. Ce n'est pas l’aspect déterminant, mais il peut être discriminant dans les concours car il s’appuie sur la correction du langage, dans son fondement.

Nous allons nous focaliser sur deux aspects: l’euphonie du texte, les préconisations d’ordre linguistique, d'une part pour la prose, d’autre part pour la poésie.



PARTICULARITÉS PRÉJUDICIABLES À UNE BONNE DÉCLAMATION

Les préconisations qui suivent ont rarement un caractère absolu. Nous allons les considérer selon l'angle statistique. Les valeurs exprimées se réfèrent à un texte de 1000 interfaces (soit 1000 mots).

Ces valeurs ont été obtenues par étude de nombreuses déclamations grâce à une application web et une analyse manuelle minutieuse des enregistrements sonores.

Voici donc les erreurs couramment observées:


Arrêts temporels (points, tiret: pauses, fin de vers) non respectés:

Il marcha il s'arrêta au lieu de Il marcha. Il s'arrêta

Note: Ce nombre doit être rigoureusement égal à 0 pour la prose. Lorsque le texte est une poésie, cette valeur signifie principalement que l'arrêt temporel n'est pas respecté en fin de vers, ce qui assimile la lecture du poème à celle de prose.

Cet écourtement anormal des fins de vers peut engendre une faute grave: l'élision erronée entre le dernier mot d'un vers et le premier mot du vers suivant (dans l'exemple ci-dessous, entre déserte et Alors, soit désert talors:

Le soleil déclinait sur la vallée déserte
Alors qu'apparaissait le champ noir des étoiles.


Les arrêts correspondant aux points, points-virgules sont obligatoires, en revanche le rapport entre virgule et temps arrêt s'avère plus lâche et parfois impossible en poésie. Nous considérerons plus loin le cas ambigu de la virgule.


Arrêts temporels surajoutés (respirations):

Ces pauses affectent souvent à juste raison les syntagmes trop longs non ponctués ou ponctués par des virgules. Si la valeur dépasse 150 pour 1000 interfaces, il y a un risque d'obtenir un discours trop haché - même si des virgules peuvent le justifier. Au contraire, une valeur inférieure à 50 peut signifier une lecture monotone, qui manque de vie.

Les arrêts temporels surajoutés peuvent être pernicieux pour l'euphonie s'ils s'insèrent au niveau de possibles élisions, entraînant l'apocope du e caduc:

Le silence // autour d'eux s'installa


Aspirations sur voyelles aspirées constitutives non respectées:

un andicapé ou ell' hocha la tête (sans aspiration sensible du h)

au lieu de:

un *handicapé ou elle *hocha la tête

Note: Faute relativement anodine, néanmoins susceptible d'occasionner un hiatus.


Liaison sur voyelles aspirées constitutives:

les z andicapés au lieu de les *handicapés

Note: Faute très grave. Le nombre de cas doit être rigoureusement égal à 0.


Aspirations erronées sur voyelles non aspirées constitutivement:

Il *héternua au lieu de Il éternua

imita *hainsi au lieu de imita ainsi

Le problème *hinsoluble

le problèm' insoluble



Note: Ces aspirations parasites sont généralement peu perceptibles, elles nuisent cependant à l'euphonie, en particulier lorsqu'elle évitent des élisions. Elles peuvent parfois gommer certains hiatus (2ème exemple), mais elles sont incorrectes par nature.


e caducs surajoutés:

le sèle marin au lieu de le sel marin

le paysage extraordinaire

au lieu de

le paysag' extraordinaire

Note: Certains de ces e surnuméraires, bien qu'incorrects, sont bénéfiques à l'euphonie et ne gagnent pas à être éliminés. ex: le vent d'oueste souffla au lieu de le vent d'ouest souffla. Le e caduc prononcé au niveau d'une élision est particulièrement pernicieux pour l'euphonie.


Apocopes e caduc sur monosyllabes (je, te, me, que, le, de...)

je m'souviens au lieu de je me souviens

Note: Faute très grave. Cette incorrection doit être rigoureusement absente..


Apocopes e caduc sur polysyllabes dans un syntagme:

Exemple: la ceris' vermeille'. au lieu de La cerise vermeille'.

Note: L'apocope de e caducs intrasytagmatiques dans la prose n'est pas a priori une faute et elle peut participer à l'euphonie. Cependant un taux supérieur environ à 100 pour 1000 mots traduit une lecture tendant vers la vulgarité et la dureté euphonique par augmentation des enchaînements consonnantiques.


Apocopes e internes:

renouv'ler au lieu de renouveler

Note: Quelques cas peuvent passer inaperçus, néanmoins ces apocopes ne sont pas compatibles avec une lecture littéraire. Le nombre de cas ne doit pas dépasser 5 pour 1000 mots.


Liaisons z sur mots "neutres" ou singuliers non respectées:

mai on réagit au lieu de mai z on réagit

le tapi était filé au lieu de le tapi z était filé

Note: Le non respect de certaines de ces liaisons peut être bénéfique à l'euphonie en évitant une cacophonie ou un cas de liaison disgracieuse. Un taux supérieur à 10 pour 1000 mots peut être considéré comme anormalement élevé


Liaisons r non respectées:

chante(r) en chœur au lieu de chanté r en chœur

Note: Le non respect de certaines de ces liaisons peut être bénéfique à l'euphonie en évitant une cacophonie. Un taux supérieur à 10 pour 1000 mots peut être considéré comme anormalement élevé.

Il est conseillé de respecter quasiment toutes les liaisons r, quoiqu'elles le soient rarement. Parmi elles, il faut comprendre la plupart des mots se terminant par "rs" s'ils sont singulier ou "neutres", sauf quelques cas particuliers comme le mot toujours qui fait liaison en s.


Liaisons n non respectées:

il en écarte au lieu de il en n écarte

Note: Le non respect de certaines de ces liaisons peut être bénéfique à l'euphonie en évitant une cacophonie. Un taux supérieur à 5 pour 1000 mots peut être considéré comme anormalement élevé.

Quasiment toutes les liaisons en n comme indiqué doivent être respectées. Elles sont très souvent satisfaites.


Liaisons t sur mot singulier ou "neutre" non respectées:

l'enfant vien en courant au lieu de l'enfant vien t en courant

Note: Le non respect de certaines de ces liaisons peut être bénéfique à l'euphonie en évitant une cacophonie. Un taux supérieur à 10 pour 1000 mots peut être considéré comme anormalement élevé. Les liaisons en t constituent particulièrement un marqueur d'une lecture littéraire de qualité.


Liaisons z ou t sur pluriel non respectées:



des bijoux vermeil étincelaient au lieu de des bijoux vermeil z étincelaient

les pomm' et les poires (fausse élision)

au lieu de

les pomme z les poires ou les pomm z les poires

ils vienn' ensemble (fausse élision) au lieu de ils vienne t ensemble.

Note: Faute très grave. le taux doit être rigoureusement égal à 0. Paradoxalement, le non respect des liaisons z et t sur pluriel peut gommer certaines dysphonies (Ex: les choses et les mots) ou encore créer de fausses élisions, particulièrement incorrectes.


CONSEILS GÉNÉRAUX SUR LES PRÉCONISATIONS D'ORDRE LINGUISTIQUE

-aspirations

Il est conseillé de bien vérifier avant la déclamation dans un dictionnaire si les h sont aspirés ou non.

On remarquera que les noms propres français n'ont généralement pas de h aspiré. En revanche, le h intervient comme consonne dans certaines langues étrangères por les noms propres (h expiré en allemand par exemple).


-e caducs

La primauté de l’élision sur la virgule (excluant un temps d’arrêt trop net) s'impose en poésie ( (sinon il apparaîtrait un e caduc au niveau de l'élision, ce qui est rigouresement proscrit).

Le conflit s’envenime, ainsi l’on entre en guerre.

En prose: règle plus souple: possibilité de créer une respiration au niveau d’une élision après virgule, mais cela entraîne un hiatus et l'apocope du e. Il est recommandé de préférer l’élision, plus favorable à la fluidité du texte.

En poésie, la primauté du e caduc sur la virgule comme temps d'arrêt s'impose (sinon l'on aurait un déficit d'une syllabe car une respiration entraîne automatiquement une apocope du e). Il est conseillé d’appuyer sur l’accent tonique pour compenser l’absence d’arrêt.

Des roses, des lilas répandaient leur odeur.

que l'on lira:

Des roses des lilas répandaient leur odeur.


-liaisons

En prose, l'opportunité de satisfaire aux liaisons répond à de nombreuses contraintes relatives à l'interface (relation syntaxique, genre, ponctuation). Nous limiterons une obligation uniquement pour le cas du genre pluriel.

En poésie classique, la primauté de la liaison sur la virgule s'impose (sinon cela entraînerait un hiatus). Il est conseillé de marquer, si cela est vraiment nécessaire pour la compréhension, un temps d'arrêt très bref.


-Synérèse, diérèse, prononciation de certains e terminaux

En poésie classique, certaines syllabes comportant des diphtongues doivent être prononcées en une syllabe (synérèse), d'autres en deux syllabes (diérèse):

miel (1 syllabe), lion (2 syllabes)

Il est recommandé de comptabiliser le nombre de syllabes pour s'assurer d'une prononciation correcte, sachant que cette règle a subi un délitage au long du 19e siècle.

De même, certains e terminaux en poésie classique doivent être prononcés comme syllabe comme par exemple venue (3 syllabes):

Néanmoins, ces règles de prononciation étant devenues surannées, on essaiera de ne pas trop les accentuer.


VUE RÉTROSPECTIVE DES VARIABLES LIÉES AUX INTERFACES

Afin de résumer ces données, je vous invite à voir sur la partie publique de mon application web Interface (la partie publique) le résultat des évaluations réalisées sur quelques déclamations de texte. On va considérer un extrait de vue générale qui indique les variables du texte qui interviennent dans la déclamation: arrêts temporels (en gris), e caducs (e ou e rouge si suite de e caducs, liaisons (ts, tp, zs, zp, r...), élisions (i), h aspirés (violet). Le même extrait est considéré dans le cas d'une déclamation particulière par un déclamateur (- au lieu de e si le e caduc est apocopé)

Variables texte

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Variables déclamation

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Application web Interface

Pour des raisons informatiques, vous ne pourrez pas tester votre texte sur l'application web qui a permis le comptage des variables étudiées ci-dessus. En revanche, vous pouvez enregistrer votre déclamation et comptabiliser vous-même les occurences d'arrêt temporels, e caducs, liaisons... afin de les comparer aux valeurs préconisées.


CONCLUSION

Les préconisations que nous avons énoncées n'ont pas toutes le même caractère obligatoire. Il est essentiel de satisfaire aux plus importantes. les fautes graves peuvent entraîner une discrimination de la déclamation. À l'inverse, concernant des préconisations plus lâches, on se gardera d'atteindre absolument une hypercorrection trop systématique qui confinerait à la préciosité. En cela, une distinction doit être établie entre la poésie classique, plus exigeante, et la prose, moins contraignante.

Il est nécessaire de trouver un bon équilibre et de l'adapter au public comme au contenu expressif et sémantique du texte concerné.

Quoique ces recommandations concernent l'aspect le plus basique de la langue, elles influent sur le niveau supérieur, l'expression d'ensemble, et peuvent communiquer à votre prestation un certain cachet qui fera la différence.

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