QUELQUES RÉFLEXIONS
SUR LES FÊTES DU LIVRE

Des fêtes du livre, j'ai pu en voir depuis quinze ans environ. De toutes sortes. Certaines très réussies, d'autres moins. Un bon échantillon pour témoigner. En tous cas, je vais essayer une synthèse. Cependant, sur les salons réservés aux grands auteurs, là, non je ne peux rien vous dire: je ne fais pas partie de la caste. Si vous êtes comme moi, néanmoins, présenter vos ouvrages au public dans de nombreuses manifestations libres d'accès, oui, possible. Le site fetesdulivre va vous y aider.


LE SITE FETESDULIVRE

Ce site: le résultat des informations que les auteurs et organisateurs entrent eux-mêmes en renseignant les champs. Pour le bénéfice de tous. Alors, un effort pour le mettre à jour, allez-y. Tout le monde y gagnera. Quoi rentrer? Il suffit de suivre: le principal: données pratiques. Également, si certains aspects sont dommageables pour les auteurs, les signaler, cela me paraît le mieux. Objectivement. En revanche, l'affluence: peut-être pas judicieux de l'indiquer. Très variable d'une année à l'autre. Cela peut pénaliser injustement une manifestation, alors, peut-être pas le mieux de l'indiquer. Voilà, maintenant, faites commme vous voulez. La recherche: très simple, vous choisissez les options: en gros: requête par mois et par département. Le reste, vous verrez bien.


UNE FÊTE DU LIVRE C'EST QUOI?

Première question à se poser: une fête du livre, c'est quoi? C'est quoi par rapport à une librairie, par rapport à une bibliothèque, une émission littéraire télévisée, une interview d'auteur... La librairie: une présentation de livres, la bibliothèque aussi, mais, avec plus de commodité de consultation sur place. La fête du livre: des auteurs, des lecteurs, on discute, on échange. Disons que c'est la double interface entre l'auteur, le lecteur et le livre. La présentation personnalisée. S'il n'y a pas cela, à mon avis, ce n'est plus une fête du livre. Alors, des fêtes du livre où des partenaires présentent des étalages de livres sans que les auteurs soient présents, pas vraiment satisfaisant. Surtout à l'égard des auteurs qui, eux, ont fait l'effort de venir - souvent à leurs frais. La fête du livre, c'est aussi la vente, oui, bien sûr, mais qu'est-ce que cela signifie? Pour moi, vendre un livre signifie que je serai lu par un lecteur. Le rapport financier: généralement négatif, les habitués du circuit le savent.


PARTICIPANTS

Principe d'une fête du livre: le multipartenariat (voir code Art L122-1, Art L122-2): auteurs présentés par libraires, par éditeurs, associations ou par eux-mêmes (auteurs auto-édités). En général: pas de présélection: le public décide par lui-même de ce qui l'intéresse. Les sélections préalables? Personnellement, je m'en méfie. Si elles étaient établies sur des critères d'ordre littéraires, pourquoi pas, même s'ils sont subjectifs. Mais je sais ce qui se passe généralement: le contenu des ouvrages est le dernier élément à intervenir après les critères extra-littéraires concernant le statut de l'éditeur, celui de l'auteur, les coteries... Alors, finalement, je préfère que la manifestation soit ouverte à tous - car dans le cas contraire je suis souvent le premier à en faire les frais. Bien sûr, la surface des locaux est parfois limitative. Le mieux, à mon avis, c'est la rotation des auteurs d'une année sur l'autre. Tout le monde peut au moins participer. Et ce n'est peut-être pas plus mal pour le public que les mêmes auteurs ne reviennent pas systématiquement tous les ans. Les thèmes, pourquoi pas, mais j'ai trop vu l'utilisation de ces prétendus thèmes pour écarter les auteurs que l'on ne voulait pas et pour inviter toujours les mêmes. On exige que certains auteurs soient assujettis au thème et pas d'autres, c'est tout de même bizarre. Alors, je suis dubitatif. Inviter des grosses pointures pour drainer le public, pourquoi pas bien sûr, je veux bien, mais uniquement si c'est justifié par des critères réellement littéraires et que cela ne tourne pas au racolage. J'ai vu des choix très peu littéraires, par exemple inviter des vedettes du show-biz, des personnalités télévisuelles à la mode, des hommes politiques ou des vedettes sportives - dont on ne savait trop s'ils avaient écrit eux-mêmes leur ouvrage (mais édité souvent par une grande enseigne)... Rassurez-vous, je n'ai rien contre le sport ou le show-biz ou la télévision ni contre les hommes politiques, mais pas plus mal de profiter d'une fête du livre pour mettre plutôt en valeur des auteurs qui sont d'abord des auteurs avant d'être des vedettes dans un domaine annexe.


NOMBRE D'AUTEURS

Cercle vicieux: trop d'auteurs: choix important pour le public, mais tous les auteurs ne trouveront pas de lecteurs pour s'intéresser à leurs ouvrages. Ils auront l'impression qu'on les a délacés pour rien, et souvent à leurs frais. Trop peu d'auteurs, c'est l'inverse: choix trop restreint pour le public et risque d'une chute d'affluence pour la manifestation. Donc, trouver un équilibre en fonction des possibilités pour les organisateurs de mobiliser un public suffisant. Et puis, s'il y a vraiment trop d'auteurs, cela diminue les échanges possibles. On tombe dans la grosse machine, une manifestation monstre où règne l'anonymat et qui manque de convivialité, où le lecteur lui-même ne s'y retrouve plus. Je pense que la valeur d'une manifestation ne se mesure pas au nombre d'auteurs. Personnellement, en fonction de l'affluence, je pense qu'entre 25 et 100 auteurs, c'est déjà une bonne limite. Avis personnel, bien sûr.


DÉROULEMENT

D'abord un premier point: le fond sonore. Pour moi, le silence, c'est impératif. Je ne vois pas comment un auteur peut présenter ses ouvrages à des lecteurs potentiels si on ne s'entend pas. Un salon du livre, ce n'est pas une kermesse populaire. Il faut une atmosphère intime qui se prête aux échanges. Les manifestations où il y a une musique de fond, je fuis immédiatement. Les interviews d'auteurs, les interventions diverses au micro: insupportables. D'abord, personne ne les écoute. Les autres animations, conférences notamment: personnellement, j'ai plutôt l'impression que cela démobilise le public. Mais là-dessus, les avis sont partagés. Question conditions de placement: pas agréable si on se trouve désavantagé par rapport à d'autres: par exemple se trouver dans un renfoncement de la salle où l'accès est difficile ou sur la scène (où il faut monter des marches)... Attention au voisinage aussi: fuir comme la peste les dessinateurs de bandes dessinée (pardon pour eux) car une nuée d'enfants vont s'agglutiner devant le stand et déborder... Le mieux, c'est toujours d'arriver avant les autres sinon il n'est pas rare que votre emplacement se trouve mordu, voire même qu'il ait disparu.


VENTE

Question condition de vente, j'ai à peu près tout vu. Les pourcentages (généralement 10 à 15%) au profit d'un comité des fêtes le plus souvent. Parfois des comptages fastidieux (souvent faux et conduisant à des litiges). J'ai vu des cas où l'auteur était obligé de remplir un ticket, ce qui obligeait l'acheteur à revenir après paiement pour chercher son livre. En revanche, si c'est établi sur la confiance, impeccable, rien à redire, dans ce cas, le pourcentage me paraît une bonne méthode. Mais le mieux - enfin pour moi - c'est la location d'un stand. Après chacun fait ce qu'il veut sur son stand. Généralement, c'est 10 à 20 euros avec repas compris. Au-delà de 30 euros, je refuse, mais chacun fait comme il veut. Pour certaines manifestations, les repas, l'hôtel, l'inscription sont gratuits et les frais de route payés. Ceci pour les fêtes qui ont des subventions, bien sûr, tous les organisateurs ne peuvent pas en obtenir. Peut-être pas indispensable de rappeler qu'un partenaire participant (libraire par exemple) ne peut prélever sur un auteur un pourcentage uniquement à l'occasion d'une fête du livre (voir Code Article 1123-1 modifié alinéa premier et stipulations du Droit du Commerce ainsi que le Code des Communes). Évidemment, c'est du racket. C'est devenu très rare, mais cela existe encore. Donc, au total, des conditions financières pas toujours évidentes pour les auteurs qui choisissent d'apporter leurs livres. Pour un auteur qui passe par un libraire, en principe, son stand est prêt, tous ses frais lui sont payés. Pas toujours tout rose non plus pour lui. En réalité, ses frais ne sont payés que pour quelques manifestations, et il lui manque souvent des titres, surtout s'ils sont chez plusieurs éditeurs. Il a intérêt à avoir toujours quelques livres dans le coffre de sa voiture - pour le cas où on l'oublie complètement par exemple (cela s'est vu). Il faut le dire: la librairie: pas vraiment adaptée à la filière des manifestations du livre car trop rigide et coûteux de passer par l'éditeur, le diffuseur, le libraire. Plus simple que l'auteur amène ses ouvrages qu'il aura rachetés à son diffuseur ou son éditeur. Cela dit, le libraire: un maillon essentiel de la vente. A mon avis souhaitable qu'il le reste, mais dans sa filière spécifique. Je reste cependant attaché à la présence lors d'une manifestation de plusieurs libraires et maisons de la presse car pour moi tous les partenaires du livre doivent être présents.

Voilà pour ce panorama. En conclusion, je dirais à l'adresse de l'auteur: pour les fêtes du livre: être motivé par ses ouvrages, par le dialogue avec le public, c'est ce qui détermine la satisfaction - sinon la réussite. Et à l'adresse des organisateurs, je dirai: n'en faites pas trop: occupez-vous de l'installation convenable des auteurs plutôt que d'organiser conférences, animations... qui leur feront concurrence.


Claude FERNANDEZ

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