UN SITE INTERNET D’AUTEUR,
POUR QUOI FAIRE?


DE LA VOIE ROYALE À LA SUBSIDIARITÉ

Il y a quelques années, un site internet d’auteur était la voie royale de la médiatisation. Exhiber fièrement une carte de visite avec une adresse URL représentait le Graal, montrant ainsi qu’on se situe dans la modernité. À la question arrogante “Vous avez un site?”, l’auteur qui n’en était pas pourvu devait honteusement baisser la tête, convaincu d’être une vieille baderne incapable de suivre le progrès. Disons-le: posséder un site internet aujourd’hui ne présente pas obligatoirement un intérêt majeur pour un auteur et constitue souvent une dépense inutile. Vous pouvez vous permettre ce luxe si vous savez le coder vous-même ou encore par l’intermédiaire d’un CMS (logiciel de création automatisée de site) et que vous disposez de temps pour le gérer. L’intérêt à long terme apparaît encore plus problématique. Ainsi, quand vous aurez disparu, vos descendants - qui bien souvent n’ont que faire de vos ambitions livresques - accepteront-ils longtemps de conserver la charge d’un site, même pour un coût minime? Et même dans la perspective où votre progéniture serait touchée par la grâce de votre littérature ou manifesterait à l’égard de leur ancêtre une vertueuse considération, bien d’autres obstacles - obsolescence de la programmation, aléas dans la survie de votre fournisseur… - risquent d’invalider votre site et le rendre à peu près invisible sur la Toile. Mais peut-être considérez-vous que la destinée post-mortem de votre œuvre littéraire ne vous importe pas. L’essentiel, n’est-il pas de s’éclater durant son existence? Ce serait finalement la suprême sagesse. Et peut-être même voudrez-vous sacrifier lors de votre disparition tout ce qui était lié à votre existence virtuelle - non comme Sardanapale vos esclaves, vos favorites, vos concubines, vos ennuques et mignons, vos maîtresses et vos chevaux - mais vos comptes gmail et hotmail, votre mur facebook, votre profil Linkedin, vos tweets, vos messages de listes yahoo, vos photographies sur flikr ou Monalbum, vos vidéos sur Youtube ou Dailymotion, vos pdf sur Google Book, vos epub sur Amazon, vos fichiers audio sur Jamendo, vos pages web, vos liens hypertextes, vos noms de domaine… tous vos écrits ou documents dispersés sur internet. Vous aurez l’avantage d’apparaître comme un grand seigneur qui se rit de la Parque et se gausse du Destin.

À défaut de site, le blog apparaît comme une interface plus immédiate, plus simple à gérer, in fine plus propice à l’expression d’un auteur. Je conseillerais de limiter son contenu à un journal daté plutôt que de le surcharger de rubriques trop abondantes engendrant cet aspect fouillis qui est souvent l’apanage de la blogosphère.

Plutôt qu’un site dédié, préférez surtout pour votre médiatisation et la survie hypothétique de vos écrits par le canal informatique les possibilités offertes par les sites mutualisés gratuits: sites littéraires qui acceptent du contenu ou des annonces, sites d’associations, sites d’édition électronique, académies virtuelles (comme l’Académie Balzac), listes de diffusion, espace de mémoire gratuits partageables (Google Drive) et autres réseaux sociaux selon un large éventail, ce qui augmente vos chances de pérennité - car seule une partie de ces acteurs risque de franchir le cap d’un futur incertain. Le visage d’une ville change plus rapidement que celui d’un mortel disait Pagnol, c’est encore plus vrai pour la physionomie d’internet.


L’INTÉRÊT SPÉCIFIQUE D’UN SITE INTERNET D’AUTEUR

Un site internet d’auteur n’a pas toujours pour seul but de satisfaire un ego surdimentionné - caractéristique propre naturellement à tout auteur. Il peut s’avérer réellement utile, voire indispensable dans certains cas. C’est la meilleure solution si vous voulez présenter l’ensemble de votre œuvre de manière structurée car il existe assez peu d’autres possibilités pour ce cas de figure. Les sites mutualisés permettent plutôt d’insérer des contenus limités, selon une présentation dont vous n’avez pas la maîtrise. Un site est une bonne solution également si vos écrits concernent un domaine culturel très spécifique, dans un esprit exhaustif, relevant plus de la littérature didactique: scientifique, technique, touristique… que de la littérature proprement dite, par exemple un site sur la dentelle aux fuseaux ou sur les châteaux en Bourbonnais.


GESTION PRATIQUE D’UN SITE

La réalisation et la gestion d’un site internet relève d’une certaine compétence informatique à moins que l’on ne recoure à un professionnel. L’édition du site elle-même est généralement payante, une partie du coût est relative au nom de domaine (.com, .fr ou .eu…), l’autre à la location d’un espace chez un fournisseur. L’ensemble, selon les options, peut revenir environ à une trentaine d’euros par an. Si vous passez par un professionnel pour la réalisation, il faut compter un minimum de 1000 euros. Il ne faut pas oublier la nécessité de mises à jour plus ou moins fréquentes, ce qui engage une dépense annuelle supplémentaire. Dans tous les cas, il vous faudra concevoir le contenu du site au départ et aussi le contenu des nouvelles pages que vous ajouterez. Les contraintes et la mise en œuvre sont donc au total relativement importantes pour un coût qui n’est pas négligeable. L’auteur doit donc s’interroger sur la véritable nécessité pour lui d’engager cette initiative.


ÉLOGE DE LA SIMPLICITÉ

Si donc vous optez pour la création d’un site, je me permettrais quelques conseils. Tout d’abord, veillez à ce que l’aspect de votre site et consécutivement les solutions programmatiques requises, soient les plus simples possibles. Le problème des développeurs, c’est souvent qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de développer. Créer un bon site ne consiste pas à mettre partout des petits mickeys qui gesticulent. Vous ne ferez qu’étaler un superficialisme négatif, antithèse de la valeur littéraire. Si cela vous plaît, pensez que l’internaute vient sur votre site essentiellement pour trouver une information, du texte littéraire, pas forcément pour voir des papillons multicolores traverser l’écran ou des serpentins se tordre à chaque alinéa. Évitez les images mouvantes, titres qui bougent, lancement automatique de séquence audio... N’attirez pas l’attention sur l’accessoire au détriment de l’essentiel. Certains professionnels déploient ces effets qui en mettent plein la vue comme démonstration de leurs compétences techniques, et surtout les facturent grassement. Prenez exemple sur Google qui adopte des solutions très épurées, appréciées par les utilisateurs. Par ailleurs, plus la programmation d’un site est compliquée, plus sa facilité d’accès, sa compatibilité ainsi que sa survie dans le futur apparaissent problématiques. En effet, le poids engendré souvent par ces complications risque d’alourdir les pages et rendre leur chargement laborieux sur des appareils aux possibilités limitées, notamment smartphones et tablettes. Et qu’en sera-t-il du rendu sur un écran de PC de bureau 22 à 27 pouces, sur un écran de Chromebook 12 pouces, sur une tablette de 6 à 12 pouces, sur une phablette de 6 à 7 pouces, sur un smartphone de 3,5 à 5 pouces? Qu’en sera-t-il égalemnet du rendu sur divers navigateurs et sous différents systèmes d’exploitation? Et plus tard, qu’en sera-t-il par suite de l’évolution de la programmation, des navigateurs, des appareils? sans alléguer l’évolution du goût et des pratiques. Si un professionnel vous propose un projet de site sur devis, commencez par tester les sites référents qu’il a déjà créés sur les tablettes, minitablettes et smartphones les plus répandus (munis d’Androïd et iOS) avec le wiever par défaut, vous risquez d’avoir quelques surprises.


LE CONTENU

Un site internet permet de présenter un contenu hiérarchisé en rubriques et sous-rubriques reliées par des liens hypertextes. Personnellement, je priviligierais plutôt une organisation simple qui évite à l’internaute de se perdre dans un labyrinthe de liens. Les rubriques classiques d’un site d’auteur sont essentiellement: biographie, bibliographie, présentation et extraits d’ouvrages, livre de presse.., rubriques indiquées dans un sommaire. Comme nous l’avons dit, ces pages doivent limiter les icônes, pictogrammes et autres animations ou motifs graphiques inutiles. Certains trouveront une telle présentation moche et triste. Ils peuvent opter pour des solutions plus originales et fantaisistes mais à condition de bien en sonder les écueils. Entre les extrêmes, il existe toutefois des possibilités pour une présentation attractive n’engendrant pas des débauches programmatiques. Tout d’abord, il n’apparaît pas judicieux de bourrer les pages en utilisant des tailles de police trop réduites. Veillez à la choisir plutôt élevée, surtout pour les personnes âgées. Il est facile de modifier la taille apparente grâce aux fonctionnalités du navigateur, mais comme les trois quarts des personnes ne savent pas ce qu’est un navigateur internet, je doute qu’elles sachent comment effectuer ce réglage. Et n’oubliez pas que cette taille variera selon qu’il s’agit d’un Mac, d’un PC sous Windows ou d’un PC sous Linux (postes de plus en plus répandus). Vérifiez aussi que votre site ne nécessite pas l’installation de plug-in propriétaire (en l’essayant sous une distribution Linux), auquel cas, votre site risque de ne pas être lisible pour certains internautes. De surcroît, les solutions programmatiques nécessitant ces plug-in sont de plus en plus vouées à l’extinction, il est conseillé de les éradiquer dès maintenant. Évitez les effets on mouse (déclenchement d’un événement au passage de la souris) qui peuvent parfois se révéler plus gênants que pratiques, et ils deviennent, par définition, inutiles sur les tablettes tactiles. Toujours pour la compatibilité avec le tactile, vérifier que les liens ne sont pas trop rapprochés, il faut qu’ils soient séparés au moins par un interligne. Évitez les images de fond pour les textes, ce qui en rend souvent la lecture difficile. La lisibilité vaut mieux que le tape-à-l’œil. Vérifiez que l’on puisse facilement imprimer un contenu (si toutefois vous voulez le permettre, mais cette disposition peut faciliter votre promotion). Si vous avez crée une mise en page complexe, trop fantaisiste, il y aura sûrement des problèmes d’impression, même après un copié-collé sur éditeur de texte. Si vous devez utiliser un moyen de contact avec vos lecteurs, privilégiez une adresse électronique plutôt que ces formulaires aux fenêtres volontairement étriquées., horripilantes, qui découragent l’internaute. Non, quoique vous soyez assurément un auteur important et connu, vous ne l’êtes pas au point d’être surchargé par le courrier de vos fans. Et vous devez avoir un fournisseur d’adresses mail capable d’éliminer les spams. À quoi sert le progrès d’une adresse électronique par rapport à une boîte postale si elle est inutilisable à cause des dérives publicitaires? D’une manière générale, pour demeurer lisible sur toute la gamme des appareils, adoptez une mise en page linéaire occupant une dimension horizontale limitée. Fuyez les solutions complexes, peu efficientes (et coûteuses si vous passez par un professionnel) consistant à prévoir une interface spécifique pour les tablettes et smarphones d’une part, pour les laptops et pc de bureau d’autre part. C’est concevable pour les sites de grands médias ou des sites commerçants très spécifiques, c’est franchement superflu pour un site d’auteur. Après toutes ces vérifications, Il vous reste à espérer que le concepteur de votre site ne laisse par inadvertance des failles de sécurité plus béantes que le gouffre de Padirac ou l’aven d’Orgnac. Cela dit, vous ne pouvez lui en tenir rigueur, nul ne peut prétendre écrire du code totalement sécurisé, cependant une telle éventualité, rappelons-le une fois de plus, peut être évitée en se limitant à une programmation basique, largement suffisante.


LE RÉFÉRENCEMENT

Les conditions d’indexation automatique par les moteurs de recherche doivent être considérées en priorité. On peut essayer diverses astuces pour les tromper, et ainsi se positionner sur un rank page plus avantageux. Cela risque - si toutefois vous y parvenez - de conduire vers vos pages des internautes qui n’y sont pas intéressés. Par ailleurs, personne ne peut prétendre connaître les algorithmes utilisés par ces moteurs, notamment par Google. Plutôt que de finasser et de jouer au plus malin, il est sans doute plus judicieux de suivre les conseils que la firme de Montain View dispense elle-même, c’est-à-dire… de créer des pages intéressantes. Au-delà, il est conseillé de hiérarchiser les titres des rubriques en utilisant les balises spécifiques à cet effet, également utiliser le gras, l’italique… Et surtout, là encore, il est préférable de s’abstenir d’utiliser des solutions compliquées sur le plan programmatique, lesquelles constituent bien souvent un obstacle à l’indexation automatique. Votre site peut nécessiter ce qu’on nomme des pages dynamiques, par exemple si vous faites un site sur les châteaux en Bourbonnais, vous pouvez inviter l’internaute à cliquer sur les éléments d’une liste présentant des options (époque, état, visite ou non…). Le contenu afférent à la rubrique proviendra d’une base de données. C’est une solution beaucoup moins lourde que d’accumuler des pages classiques, et indispensable pour l’exploitation de collections importantes d’objets se distinguant par des critères. Cependant, on peut s’interroger sur les problèmes de référencement consécutifs. Quoique certains connaisseurs m’aient certifié que de telles pages peuvent être indexées au même titre que des pages classiques, je reste dubitatif. C’est sans doute vrai à la condition que la page ait été créée au moins une fois par une requête, sinon, comment un moteur de recherche pourrait-il indexer une page qui n’a encore jamais été générée et donc n’existe pas, sauf à l’état de potentialité? La solution me paraît être autant que possible d’utiliser des pages classiques, dans la limite d’un nombre raisonnable, avant de se jeter systématiquement sur une base de données.


CONCLUSION

En conclusion, je dirais qu’un site d’auteur est un des canaux de la médiatisation parmi d’autres. Il faut penser aussi que le référencement sur internet est une structure qui s’engraisse d’elle-même. Plus vous serez présent et cité sur diverses interfaces du Net par des liens que vous déposerez vous-même ou que d’autres déposeront, plus le rank page de votre site augmentera. Il est donc bien de créer un site, mais plus encore de le médiatiser par une présence sur l’ensemble des sites mutualisés (éditeurs électroniques, réseaux sociaux, sites associatifs...). Comme dans la vie réelle, la vie internautique se nourrit d’activité, de contact, d’échange et de partage. Si vous restez sans bouger dans le coin de votre site, si attrayant soit- il, si vous adoptez une attitude trop personnelle sans recherche de réciprocité, la fréquentation de votre site risque fort de stagner.

Ami auteur, bon courage, prospérité, gloire et longue vie à ton site internet, mais, ainsi que dit le poète:

Eheu fugates, Postume, Postume,
Labuntur anni nec pietas moram
Rugis et instanti senectæ
Afferet indomitæque morti…*


Le jour où tu te retrouveras à la droite du Seigneur ou que tu deviendras une ombre errante dans les Champs-Élysées, ton site internet disparaîtra. Par suite, tous les liens convergeant vers lui que tu auras disséminés partout sur la Toile deviendront des liens morts.

*Elles fuient, hélas, Postumus, elles s’écoulent, les années; et notre piété ne peut retarder ni la vieillesse menaçante avec ses rides, ni l’irrésistible mort...


Claude FERNANDEZ

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